
1984, Big Brother vous Regarde au Théâtre de Ménilmontant
1984, Big Brother vous Regarde, de George Orwell, adapté par Allan Lyddiard, mis en scène par Sébastien Jeannerot. Avec Jean-Pierre de Lavarene, Florence Nilsson, Sébastien Jeannerot, Hervé Terrisse, Sébastien Antoine et Anne-Sophie Barla.
Du théâtre… ça faisait si longtemps et ça commençait à manquer !
Vendredi soir, avec Morgane, direction le Théâtre de Ménilmontant pour 1984, Big Brother vous Regarde. Une pièce pas évidente d’approche, vue dans un souvenir relativement vif du bouquin, mon accompagnatrice l’ayant lu il y a peu. C’est donc très curieuses que nous sommes arrivées au théâtre de Ménilmontant.
Dès l’entrée dans le théâtre, le ton est donné. Quatre personnages sont assis en tailleur, masque à gaz sur le nez, mitaines et combinaisons. Il tournent le dos à un écran sur lequel défilent déjà des images en noir et blanc… Manifestations, défilés et scènes populaires s’enchainent alors que les spectateurs d’installent. Le départ et donné pour cette pièce sombre dont il est probablement inutile que je rappelle le pitch.
La pièce ne commence pas forcément là où débute le livre. C’est lors de la rédaction de son journal que l’on retrouve Winston Smith. Le décor, composé d’écrans mobiles, représente alors le petit appartement du protagoniste. Il s’adapte tout au long de la pièce, devenant toile de fond ou télécran, et livre au spectateur, par le biais de projections les parties de l’intrigue que le jeux des comédiens ne peut restituer. Ce décor, manipulé par des acteurs le plus souvent silencieux (membres du parti), évolue de manière quasi chorégraphique.
Il constitue l’environnement de Winston Smith, de son petit appartement, au ministère qui l’emploie en passant par la cantine, la chambre qu’il loue chez les prolétaires, l’espace de liberté de Julia, à l’écart de Londres. Sur ces tableaux mouvants les personnages s’enchaînent, offrant le constat d’une condition sous contrôle.
C’est une société grise et triste, où chaque jour compte moins de mots pour contrôler la pensée elle-même, dernier risque avéré qu’est donnée à voir. Le passé mis à jour, ne doit pas avoir de conséquences sur l’avenir… ils sont nombreux les faits qui interpellent, anticipé avec une étonnante lucidité par Orwell.
Du prolétaire au collègue de travail, de l’envie de liberté de Julia à la force de persuasion d’O'Brian, les comédiens se révèlent à la hauteur du texte qu’ils portent. Douleur du souvenir, froideur sereine, espoirs vains, menace permanente, les personnages, des plus bavards aux plus silencieux (un effet de choeur très réussi dans la dernière partie), participent à cette tension ressentie dès les premières minutes de la pièce.
Rien d’étonnant à ce qu’il s’agisse déjà de la 3ème saison de 1984, Big Brother vous Regarde dans laquelle mise en scène, jeu, effets audio-visuels ont été travaillés avec subtilité. Une petite recommandation si projetez allez voir la pièce : il est préférable d’avoir un minimum l’intrigue en tête, histoire d’avoir des repères ou d’apprécier la manière dont le roman a été adapté. Une petite relecture du roman ou la lecture d’un résumé glané ici ou là, si l’on manque de temps peuvent permettre d’apprécier plus encore cette belle interprétation.
1984, Big Brother vous Regarde
Théâtre de Ménilmontant
15 rue du Retrait
(suivez les fauves de Mosko et Associés et les hommes blancs de Jérôme Mesnager)
75020 Paris
M°Gambetta (3 et 3bis)
Camille Jochaud du Plessix